“Ce que nous avons mis en chantier, je veux continuer de le porter et de le défendre” – Discours des vœux 2019

“Ce que nous avons mis en chantier, je veux continuer de le porter et de le défendre” – Discours des vœux 2019

9 janvier 2019 0 Par gillespoux.fr

Prononcé lors de la cérémonie des vœux municipaux le 8 janvier.

“Madame la Députée, Madame la Sous-préfète, Monsieur le Président du Conseil Départemental, Monsieur le Président de Plaine Commune, Mesdames et Messieurs les élu-e-s, Mesdames et Messieurs les représentant-e-s des corps constitués, Mesdames et Messieurs les représentant-e-s d’associations,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir toutes et tous, citoyen-ne-s de La Courneuve, agent-e-s de la ville, partenaires associatifs et économiques, qui font vivre et se développer notre commune.

Nous clôturons, sur notre belle patinoire cette année 2018 et ce beau mois de la solidarité qui a été, cette année encore, un véritable moment de partage. Placées sous le signe de l’anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, une trentaine d’initiatives, mêlant rencontres, échanges, actions de solidarité, organisées par la municipalité, des associations et le collectif Solid’air Famille, ont jalonné cette initiative entourée de la joie des enfants. Ainsi, celles et ceux qui se débattent avec les difficultés, plus prégnantes ici qu’ailleurs, ont pu, un peu, avec l’ensemble des Courneuviennes et Courneuviens oublier et goûter aux joies de la glisse, se sentir considérés, rendant ainsi plus douces ces fêtes de fin d’année.

En ces premiers jours de 2019, il est de tradition de souhaiter, et je le fais avec plaisir, mes vœux à chacun et chacune d’entre vous, des vœux que je veux voir marqués du sceau d’une société portant plus de justice, de paix, de bonheur, de santé accessible à toutes et tous.

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Mais je dois bien admettre que la réalité de ce monde ne m’aide pas à trouver les mots ni le ton pour ce faire.

En effet, au lieu que notre société développe les formidables avancées que permet l’intelligence de l’homme pour en promouvoir la paix, le vivre ensemble, la santé, l’éducation, la préservation de la nature… La cupidité du système économique qui domine provoque surtout affrontement, rejet, souffrance, drames, destructions, exil… Ainsi, les grands espoirs de progrès que l’humanité a construit et brandi et que nos générations croyaient inéluctables sont ébranlés au point que nous peinons à les transmettre.

Oui, ce qui conduit notre monde et ce, de plus en plus brutalement, c’est l’insolente démesure de l’accumulation des richesses accaparées par une minorité. Cela entraine un tel déséquilibre que si rien ne change, c’est la fin de l’humanité qui est convoquée.

Oui, l’aveugle compétition économique qui règne exacerbe ces contradictions jusqu’à l’absurde. Comment peut-on imaginer un monde viable quand 1% de la population accapare 46% des ressources disponibles ou quand 10% possède 86% des ressources de notre planète ? Cette aberration savamment cachée voire justifiée par la trop fameuse « théorie du ruissellement », divise, oppose, entrainant les hommes à se confronter, à souiller leurs terres, à rejeter leurs frères, à n’accorder que peu de valeur à la vie qui les entoure …

Et malheureusement, l’essentiel de ceux qui détiennent le pouvoir réfléchissent et agissent plus pour soumettre les peuples à ces dogmes les plus sombres plutôt que de travailler à l’émancipation humaine pourtant à notre portée.

C’est ainsi qu’en Europe, qui se remet à peine du cataclysme Nazi, ceux qui s’en réclament foulent les parquets des parlements démocratiques, dirigent ou s’apprêtent à diriger de grandes nations. De l’autre côté de l’Atlantique c’est la vulgarité et l’incontinence verbale qui préside aux destinées de la plus grande puissance du monde. Et que dire du Brésil qui se retrouve dirigé par un antiféministe, homophobe, anti écologiste portant la période la plus noire du Brésil, avec la dictature militaire comme étendard.

Alors oui, il faut de bien belles volontés pour prendre des chemins différents marqués du sceau du partage, de la solidarité, comme au Mexique où Andrés Manuel Lopez Obrador vient d’être élu président mettant fin à l’hégémonie de la Droite avec un programme axé sur la lutte contre la pauvreté et la corruption.

Comme avec ces 3 millions de femmes indiennes qui viennent de réaliser une chaîne humaine de 620 km sur les routes du Kerala afin de revendiquer leurs droits contestant par là-même nos vieux démons patriarcaux ou encore avec cette explosion populaire incarnée par les gilets jaunes qui secoue notre pays.

C’est pourtant bien sur ce chemin qu’il nous faut œuvrer et à notre modeste échelle, je crois que nous pouvons beaucoup !

Oui, les valeurs qui nous poussent, ici, à croire en l’homme et la femme font que notre ville, objet de toutes les stigmatisations, intrigue, étonne, intéresse aussi.

Oui, nous relevons le défi, de porter fièrement l’étendard d’une Ville Monde qui croît, mise, sur sa diversité et sa multiculturalité.

Oui, ici on rencontre le monde au coin de la rue. C’est une source de vie, de découverte, ouvrant de formidables potentialités.

Oui ici on refuse la stigmatisation, le rejet de l’autre, résolument confiant dans la capacité des femmes et des hommes à vivre ensemble et à croire en la force de leur unité.

Mais oui ici aussi, on exige que la société reconnaisse et prenne en compte ces réalités. Ainsi, l’école doit redevenir ce terreau qui construit notre Nation.

L’appropriation par toutes et tous de notre langue sera pour nous le défi de 2019. Comment en effet découvrir l’autre, échanger, construire de l’en commun quand on ne se comprend pas. Et nous voulons que l’école qui accueille tous les enfants soit ce terreau qui, grâce à la laïcité, s’ouvrent à tous les parents, aux adultes.

Les Tremplins citoyens que nous avons tenus cet automne ont montré combien, dans les plus de 4 000 échanges que nous avons eus avec les Courneuviennes et les Courneuviens, cette question de l’éducation était fédératrice.

Nous savons bien que nous ne pouvons régler ici tous les problèmes qui sont les conséquences de choix qui ne sont pas de notre fait. Mais nous voulons porter des signes. Oui, malgré les difficultés qu’on nous fait avec la baisse de moyens, l’accumulation des transferts de compétences, ou les mesures gouvernementales qui affaiblissent le pouvoir d’achat déjà modeste de nos familles et notamment des retraités, nous résistons et donnons de l’espoir.

Cette année sera le 10ème anniversaire de notre dépôt de plainte à la Halde pour discriminations territoriales. Que n’avons-nous pas essuyé, à l’époque comme railleries et critiques. Nous « quémandions » à l’État ce que nous n’étions pas capable d’économiser ici. Nous « encouragions la pauvreté » pour des raisons électoralistes, nous promotionnons l’assistanat… etc… Nous sommes restés déterminés à nous battre en développant nos politiques. Le nouveau Centre municipal de santé, qui s’érige fièrement derrière vous, l’illustre, comme les forts investissements que nous réalisons dans nos groupes scolaires.

La ville toute entière se transforme à l’image du nouveau marché qui s’installe le 5 février préfigurant la transformation de tout le quartier des Quatre- Routes… Nous poursuivons ce chemin sans baisser la garde sur les inégalités inacceptables que nous subissons. Des inégalités objectivées dans un rapport parlementaire rédigé par deux Députés qui n’ont rien, pourtant, de révolutionnaire dans leur parcours.

La réalité de ce que nous vivons au quotidien y est révélée et les auteurs de ce rapport ont découvert la profondeur des fossés creusés ici par des décennies de politiques publiques inégalitaires.

C’est pourquoi nous voulons donner à ce 10ème anniversaire un vrai contenu et qu’il soit la contribution de La Courneuve à la réparation des inégalités territoriales qui sont le lot de trop de villes et quartiers.

Car en effet, à y regarder de plus près, les populations de nos territoires font preuve d’une patience et d’un calme démesurés au regard de ce qu’on leur fait subir. Pourtant, la République est là. Ils sont là les citoyennes et les citoyens dont elle se prive pour résoudre les grands défis qui sont les siens. Ces femmes, ces hommes, ces jeunes… sont disponibles pour se former, travailler, entreprendre, s’adapter et participer aux grands aménagements qui arrivent ici, et donner le meilleur d’eux-mêmes à ce tissu économique, ces grandes sociétés qui se développent ici.

Comment en effet supporter que notre département soit porteur d’une telle dynamique économique ?

Imaginez ! Le chiffre d’affaires déclaré par les entreprises de Seine-Saint-Denis est de 162 milliards d’euros, nous sommes le 3ème contributeur en France de TVA juste derrière Paris et les Hauts-de-Seine.

Et que le taux de chômage soit ici le double, voire le triple que la moyenne nationale que nous ayons ici.

Toujours moins de profs, de policiers, de personnel soignants, de services publics, d’équipements sportifs, qu’ailleurs…

Comment peut-on penser que nous accepterons qu’alors que dans les 10 prochaines années, près de 15 milliards d’euros vont être investis sur le territoire de Plaine Commune notamment pour accueillir les jeux olympiques de 2024, pour construire le Grand Paris Express, pour contribuer à résoudre la crise du logement, pour accueillir le développement économique de la Région Ile-de-France et qu’une fois encore face à ce train porteur de belles perspectives nous resterions à quai ?

Impensable – car si ces projets existent, c’est parce que les femmes et les hommes, les élu-e-s, les acteurs du territoire, n’ont pas baissé les bras mais agissent pour gérer notamment avec Plaine Commune afin de valoriser nos villes, construire des atouts qui font qu’on investit ici aujourd’hui.

Alors oui, si on mets les moyens pour réinsérer celles et ceux qu’on a oubliés, former celles et ceux qui ont perdu souvent espoir, lutter contre les discriminations aux faciès ou à l’adresse, orienter tous ces jeunes que « Parcoursup » néglige et qui, pourtant, débordent de volonté et d’envie, la construction, le gestion, l’accueil, l’ingénierie, la maintenance, l’entretien… que vont demander la mise en vie de ces grands projets peut tout changer pour nous. Des milliers de nos habitant-e-s, de leurs enfants, doivent pouvoir regarder l’avenir avec espoir si on prend en compte qu’ils sont là et que nous avons besoin d’être traité à égalité pour les associer à l’aventure.

Voici, mes cher-e-s ami-e-s, une vraie perspective. Elle est à notre portée. Les évènements qui secouent le pays en ce moment me rassurent dans cette voie. Ils montrent que notre peuple est plein de ressorts. Alors qu’on le croyait désabusé, amorphe, soumis… il vient de se lever. Dans le désordre parfois, l’incontrôle, un mouvement populaire se dessine découvrant les contradictions des chemins de la révolte. Mais ils cherchent et ce qui les anime est sain. Ils demandent une plus juste répartition des richesses car il n’est d’avenir possible que dans le collectif.

À la Courneuve nous en sommes. Les mois qui pointent nous appelleront aussi dans des processus électoraux à des choix. Chacun à notre place nous aurons un rôle à jouer.

Pour ma part je ne me déroberai pas. Ce que nous avons mis en chantier je veux continuer de le porter et de le défendre encore un peu. Je souhaite m’appuyer sur les volontés de toutes celles et ceux qui apporterons leur originalité et leur diversité dans la poursuite de nos projets et de nos valeurs avec au cœur l’abnégation que requiert la défense de l’intérêt général et la défense de nos habitants.

La construction d’une passerelle de franchissement de l’A1, qui permettra de relier le centre-ville et les quartiers nord au parc Georges Valbon est une démonstration de notre volonté de faire respirer notre ville, de faire des espaces publics des lieux de vie apaisés.

Babcock, les projets de renouvellement urbain notamment du centre-ville, l’arrivée de la Gare du Grand Paris aux Six-Routes, la perspective des JO de 2024, un nouveau collège expérimental aux Quatre- Routes…

Les batailles qui nous attendent pour défendre nos droits, la place des femmes dans l’espace public, la tranquillité publique, la lutte contre les incivilités, la place de la nature en ville, le droit au logement… sur tous ces terrains nous progressons vraiment. Nous avons besoin du concours de toutes et tous pour gagner.

Vous le voyez 2019 peut finalement devenir une belle année. Alors à toutes et à tous, profitez-en.”